Société

Le challenge des années 60 à Touba

Pendant qu'on nous appelle à transformer le Sénégal à l'horizon 2050, une partie de la jeunesse semble bloquée dans les années 60.

Par Fallou Bousso

challenge des années 60 Touba

Pendant que le gouvernement de Diomaye et Sonko nous appelle à unir nos forces pour transformer le visage du Sénégal à l’horizon 2050, une partie de notre jeunesse semble bloquée dans les années 60. Partout dans le pays, on organise des journées #Années_60 , on s’habille comme à l’époque, on danse, on chante, on recrée une ambiance nostalgique, comme si c’était là notre apogée culturelle.

Mais si la vie des Sénégalais des années 60 ressemblait vraiment à ce qu’on montre aujourd’hui : danses, déguisements, distractions ,alors il ne faut pas s’étonner de notre situation actuelle. Cela voudrait dire que, pendant que d’autres construisaient leur avenir, nous, on dansait.

Il y a un proverbe qui dit : “On ne récolte que ce que l’on a semé.” Pendant les années 60, les États-Unis et l’URSS entraient dans la conquête spatiale, Résultat : aujourd’hui, ce sont eux qui contrôlent les technologies les plus avancées. À la même période, la Chine de Mao Zedong, encore parmi les pays les plus pauvres du monde, engageait une révolution intérieure majeure. Aujourd’hui, c’est l’une des premières puissances mondiales, elle domine le commerce et impose son rythme à la technologie mondiale.

Et nous ? Nous faisions de la danse, des soirées, des distractions… et aujourd’hui nous sommes parmi les 25 pays les moins avancés du monde. Nous sommes l’un des pays les plus endettés d’Afrique, avec une dette dépassant les 119 % du PIB. Des centaines de villages vivent encore sans électricité. Des écoles entières fonctionnent sous des abris provisoires. Des centaines de personnes meurent chaque année parce qu’elles n’ont pas accès aux soins de base. Ce sous-développement n’est pas une malédiction mais plutôt le résultat de nos propres choix.

Et ce qui est étrange pour ne pas dire inquiétant c’est que tous ces problèmes ne nous inquiètent même pas. On préfère s’amuser, rejouer le passé, que penser au futur. Or, le passé est passé. Nous ne pouvons plus rien y changer. Mais nous avons encore le pouvoir d’éviter de produire les mêmes résultats d’ici 25 ou 30 ans. Et pour finir, j’aimerais m’adresser à une ville en particulier : Touba. Ville sainte, cœur spirituel du mouridisme, berceau de la révolution culturelle islamique portée par Cheikh Ahmadou Bamba, l’homme qui a consacré toute sa vie à ancrer l’islam dans nos cœurs et à bâtir un lieu préservé de l’influence de Satan.

Mais aujourd’hui, c’est avec tristesse qu’on constate que les femmes de Touba sont parmi les premières à se prêter à ces défis #Années_60, dansant publiquement sur des musiques qui n’ont rien à voir avec notre foi, nos valeurs, et encore moins avec la pudeur attendue de femmes musulmanes, mariées, et conscientes de leur dignité. Il est temps qu’on se réveille. Ce n’est pas avec des danses et des costumes que nous construirons un Sénégal nouveau. C’est avec la conscience, la foi, le travail et l’ambition.